la
Fédération Française de Football
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Docteur Raymond
et Mister Domenech
Si Aimé Jacquet, avant la Coupe du
Monde 98, avait été la cible favorite du seul quotidien
sportif du pays tout en gardant dans les provinces françaises
une image positive d’homme droit et compétent, Raymond Domenech,
à quelques semaines de la Coupe du Monde 2010, peut
déjà se prévaloir du titre de
sélectionneur-entraîneur le plus controversé de la
planète.
Malgré de louables efforts de sa part au printemps 2010 – et des
ordres fermes ont été donnés en ce sens par son
« patron », la Fédération Française de
Football- pour arrondir les angles et positiver une image bien
écornée, la cote de popularité du coach
français reste très largement en-dessous de la moyenne,
son nom est régulièrement sifflé dans les stades
et les médias ne perdent pas une occasion de souligner ses
« erreurs », de souligner ses « incohérences
» et d’analyser, négativement bien sûr, ses
innombrables silences ou dégagements en touche sur les sujets
sensibles.
Au point que les journalistes les plus caustiques n’hésitent pas
à opposer Raymond Domenech au Président de la
République, Nicolas Sarkozy, pour savoir qui est actuellement le
plus impopulaire des deux !
Mais restons dans le domaine du football…tout en en sortant largement.
Car pour comprendre « le phénomène Domenech
», il faut se pencher, non pas tant sur le sélectionneur,
ses choix, son coaching, mais bien plutôt sur l’homme, son
caractère, son tempérament, sa manière
d’être et de se comporter en public.
Bon joueur professionnel, international (8 sélections),
défenseur rigoureux et hargneux, Raymond Domenech a
adopté et revendiqué très tôt des attitudes,
des positionnements…originaux, parfois franchement
décalés, dans son look, ses déclarations, sa vie.
A l’évidence, l’homme ne voulait pas –et ne veut toujours pas-
être comme les autres, englué et anonyme dans la masse des
bien-pensants et des suiveurs.
Avant de déterminer ce qu’il veut ou ne veut pas, il semble
poser pour principe absolu de ne pas mettre ses pas dans les pas de
ceux qui l’ont précédé. Ses premières
décisions, tout juste nommé à la tête de
l’équipe de France en juillet 2004, ont été de
virer tout le staff en place et de le remplacer par des hommes à
lui, puis, arrivé pour son premier match au Stade de France, de
demander quel était le vestiaire de l’équipe
nationale…pour s’installer aussitôt dans celui habituellement
réservé aux visiteurs !
Des détails, sans doute, mais tout Domenech est là.
L’homme aime le théâtre et en a fait ; il s’est
passionné pour l’astrologie, il est curieux de tout par
définition. Avec un goût parfois immodéré
–inné ou cultivé on ne le sait pas trop- pour l’ironie,
la provocation, le conflit toujours latent ou, ce qu’il appelle «
le 2ème ou le 3ème degré », ces petites
phrases balancées au détour d’une conférence de
presse ou d’un couloir et dont nul ne sait trop s’il faut les prendre
au pied de la lettre ou pour des allusions ironiques et des
illustrations délibérément outrées à
interpréter très librement.
Le résultat, avec cette manière de faire et de
s’exprimer, sans doute subtile et appréciable en petit
comité ou un verre à la main entre amis –tous prompts
à souligner la qualité, l’ouverture d’esprit, la
générosité et la disponibilité de l’homme-
le résultat donc est que Domenech n’a trouvé le bon ton,
la bonne distance, le contact franc et fort ni avec la plupart des
joueurs, souvent désarçonnés, ni avec les
journalistes qui ont horreur que l’on joue à ce petit
jeu-là avec eux, et encore plus que l’on refuse
obstinément de répondre à leurs questions sur le
jeu, les joueurs et la tactique. Le coach réserve ses
débats-là à son staff technique…qui a pour
consigne de ne jamais s’exprimer devant les médias.
De là vient ce désamour, qui n’a fait que croître
au fil des années, entre un entraîneur qui cultive
à l’excès les mystères et les silences, et des
supporters qui n’ont pour seuls éléments
d’appréciation que l’image du boss renvoyé par les
médias, forcément peu valorisante, et, accessoirement, un
jeu d’équipe trop souvent médiocre, sans souffle
collectif ni franche ligne directrice.
Pas de quoi, à première vue, nourrir beaucoup d’optimisme
quant aux chances de la France dans la prochaine Coupe du Monde s’il
n’y avait, massif, évident, presque obsédant, cet
énorme potentiel d’individualités que tous les
observateurs reconnaissent spontanément.
Lloris, l’un des meilleurs gardiens du monde, Evra, rayonnant avec
Manchester United, Diarra, si précieux au Real Madrid, Ribery,
que le Bayern Munich veut garder à tous prix, Gourcuff, de plus
en plus souvent comparé à Zidane, Anelka et Malouda, les
stars de Chelsea, Thierry Henry toujours là à
Barcelone…autant de références qui interdisent d’exclure
que, malgré son sélectionneur « à part
», la France puisse, comme en 2006, accomplir un long et brillant
parcours dans l’épreuve mondiale.
Arriver, une fois de plus, là ou personne ne l’attend,
voilà qui, à l’évidence, ravirait, comblerait
l’inclassable, l’imprévisible, l’énigmatique Monsieur
Domenech !
-Philippe TOURNON
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